
Le Mexique etait pour moi le pretexte pour revoir Gabriel et son epouse mexicaine Selene, que je n avais pas revus depuis leur mariage il y a deux ans. Ils habitent le tres joli quartier de la Condesa, sont heureux comme tout, excites comme des puces a l idee d aller a Las Vegas pour concourir au titre de champion du monde de poker... Je ne connais toujours pas les resultats car ils partaient ensuite en vacances en France. En tout cas les quelques jours passes ensemble ont ete superbes.
Des mon arrivee en avion, j ai pu observer que Mexico est une ville enorme, c est une megalopole de 20 millions d habitants, qui s etend a perte de vue. Malgre sa grandeur, j ai tout de suite apprecie la ville de Mexico car ses habitations sont relativement basses (a cause des tremblements de terre frequents) et de ses quartiers tres varies, ou on y trouve le meilleur comme le pire ! Des le premier soir j etais dans le bain, en passant en voiture devant le zocalo, la gigantesque place centrale avec son drapeau mexicain geant... tres impressionant. Nous avons dine au Cafe Tacuba, ou j ai craque pour la nourriture mexicaine, ses tacos, enchiladas, tamales et autres specialites dont la base culinaire est la tortilla, en general a base de mais, a moins que l on precise que l on prefere la farine de ble.
Pendant les cinq premiers jours, je me suis baladee a metro ou camion pecero (nom donne aux autobus, qui ressemblent plus a des camions en effet !) dans plusieurs quartiers de la ville. En voiture, j ai parcouru la longue avenue de la Reforma et ses celebres monuments rappelant, Cahautepec, le dernier chef azteque qui affronta les espagnols, Colon ou l independance du pays.
Le centre historique de Mexico est d une activite intense autour du zocalo, avec son enorme cathedrale (une des plus anciennes d Amerique Latine), son palacio national ou l on decouvre les imposantes fresques de Diego Rivera rappelant l histoire du Mexique de sa periode prehispanique jusqu au XXieme siecle, en passant par l invasion des espagnols, l independance et la revolution mexicaine, les guerres contre les americains et les francais, la Republique et enfin le marxisme face au capitalisme et au fascisme, Diego Rivera etant un communiste convaincu... tres bonne introduction a la vie mexicaine.
Le Mexique est un pays de contrastes culturels, ainsi derriere l imposante cathedrale, on decouvre les vestiges de l ancienne cite de Tenochtitlan, la cite des derniers azteques jusqu a l arrivee de Hernan Cortes et des troupes espagnoles. Les vestiges sont tres importants, temples construits les uns sur les autres au fil des regnes azteques ou mexica, dont les temples atteignaient jusqu a 40 metres de hauteur, dix metres de moins que la cathedrale. Les espagnols ont detruit la majeure partie des temples et la cathedrale repose elle-meme sur une partie des fondations, cependant le musee du Templo Mayor regorge de tresors decouverts lors de fouilles archeologiques recentes. En effet, le Mexique manque cruellement d argent pour realiser les fouilles archeologiques, c est ainsi que des oeuvres de grande valeur ont souvent ete vendues a l etranger et donc ... ete perdues. C est aussi tres recemment que les ingenieurs ont decide de reutiliser des techniques architecturales sur pilotis, connues des azteques lors de la construction des temples a l epoque ou la ville de Mexico reposait sur d immenses marecages et lacs. Aujourd hui elles permettraient de corriger l ineluctable affaissement de la cathedrale et autres grands batiments de la capitale. Esperons que la comprehension du passe soit un moyen de creer un avenir commun a tous les mexicains.
Afin de mieux comprendre l histoire prehispanique, je me suis rendue au superbe et gigantesque musee d antropologie de la ville. L histoire des peuples avant l arrivee des espagnols est assez complexe car plusieurs civilisations ont cohabite ou se sont succedees dans plusieurs regions du pays, les azteques et les mayas etant les plus connus, mais correspondent a des periodes plutot recentes (XIII au XVIeme), de plus les azteques residaient dans la region de Mexico et ses environs alors que les mayas etaient etablis dans la peninsule sud-est du Mexique et sur les territoires des actuels Guatemala et Belize. Ainsi selon les regions du pays et les periodes prehispaniques, plusieurs civilisations ont existe de maniere independante et se sont egalement influencees les unes les autres pour des raisons commerciales ou pour des conflits de territoires. Au fil de la visite du musee et par la suite lors de mon parcours dans le sud-est du Mexique, j ai pu decouvrir la plus ancienne civilisation prehispanique des Olmeques, connus pour leurs tetes monumentales et leur origine dans la region du Golfe du Mexique et de Veracruz, Teotihuacan et Cholula pres de la ville de Mexico (de 200 bc a 800 ac), precedent les azteques ou encore Monte Alban et les zapoteques dans la region de Oaxaca au sud du pays, pres de la cote Pacifique. Ces civilisations se sont influencees et ce n est pas rare de retrouver les memes dieux, correspondant aux elements de la nature, mais avec des noms differents selon les regions, comme le fameux Queltzalcoal ou serpent a plumes, ancien roi devenu un dieu pour de nombreuses civilisations prehispaniques.
Apres cette visite je suis passee a l ambassade de France ou travaillent Gabriel et Selene, puis nous sommes alles dejeuner en compagnie de Christine, la chef de Selene, grande amatrice d archeologie, responsable de la promotion des vins et mets francais au Mexique. L apres-midi, Gabriel m a accompagnee en foret de Chapultepec, lieu de repos pour les familles modestes et nous avons visite le chateau du meme nom, qui renferme le musee d histoire du pays. La visite fut eclair, nous avons surtout discute de certains moments cles de l histoire du pays, de l adoration des mexicains pour la vierge de la Guadalupe, dont l apparition a un indigene permit la conversion au catholicisme d une grande partie des habitants et plus recemment de la situation politique et economique du pays. L economie actelle est basee essentiellement sur l industrie petrochimique, alors que la majorite de la population se refuse a payer des impots et reste convaincue de la corruption de l ensemble des partis politiques, inefficaces du fait des luttes pour les elections quasi permanentes dans le pays.
Le lendemain je me suis rendue a la cite de Teotihuacan (de 200 a 750 ac), situee en banlieue de Mexico, ou l on peut voir les superbes et tres grands temples du soleil et de la lune, lieu de rencontre entre les deux astres mais aussi de sacrifices humains, afin de garantir l apparition de l astre solaire chaque jour. Lorsque l on decouvrit cet endroit, la plupart des temples etaient ensevelis sous plusieurs metres de terre, on soupconne que certains monticules cachent encore quelques tresors. L architecture suit toute une serie de regles liees aux calendriers solaire et lunaire, parfaitement maitrises par cette civilisation, afin de garantir une agriculture florissante. La cite atteint jusqu a 100.000 habitants, puis tomba progressivement dans le declin, jusqu a rester cachee pendant longtemps avant d etre reutilisee par les azteques.
Le soir fut un grand moment avec les retrouvailles avec une amie du lycee a Grenoble, Ixchell, que je n avais pas revue depuis 13 ans ! Elle n a pas change ou a peine, energique, naturelle, les memes humour et ironie sur les choses et les personnes. Bref la soiree fut tres belle, accompagnees de Selene et du petit ami d Ixchell, Rodrigo.
Les jours suivants je me suis baladee dans le merveilleux quartier de Coyoacan, du jardin des viveros ou s entrainent les joggeurs et les futurs toreros, a la ravissante plaza Santa Catalina, a deux pas de la place centrale et de l eglise de Santo Domingo. Je me suis rendue a la maison bleue, l ancienne maison de la peintre Frida Kahlo, ou elle vecut de sa naissance a sa mort. Cette maison, qu elle partagea avec son mari Diego Rivera, renferme plein de tresors rappelant son amour pour la culture mexicaine et ses couleurs vives, sa passion pour le communisme et le contraste avec sa collection d ex-votos. Cette maison et son jardin sont a la fois pleins d amour et de souffrance, je m y suis sentie tres bien. J ai vu par la suite la tres modeste maison de Leon Trotsky, toute proche, qui fut l amant de Frida Kahlo a son arrivee au Mexique, avant d y etre assassine. J ai passe le reste de mon temps a deguster des specialites culinaires a la terrasse de petits restaurants, seule ou en compagnie de Selene et de sa cousine Mariana, dans le quartier de San Angel, autre pepite de la ville, ou se trouve la tres jolie eglise de Notre Dame del Carmen.
Nous avons egalement passe de longues soirees a discuter avec Selene, que j ai pu connaitre mieux, avec beaucoup de franchise et de plaisir.
Le lendemain tres tot, Ixchell est venue me chercher afin d aller a Guanajuato pour le week-end avec un couple d amis, Jennifer et Fernando. Le declic fut quasiment immediat avec Jeni et Fer, jeune couple tres amoureux, ouverts et curieux, avec lesquels j ai beaucoup discute le long de ce fin de semaine. Apres une tentative avortee pour trouver des chaussures en cuir dans la ville de Leon, celebre pour cela, nous sommes arrives a Guanajuato en debut d apres-midi, a 500 kms au nord de la ville de Mexico.
Il s agit d une ancienne ville miniere, dont le reamenagement touristique, protege le centre ville entierement pietonnier, alors que les voitures circulent dans les souterrains de l ancienne exploitation miniere. C est egalement ici que demarra en partie la revolution mexicaine dont le Pipili est un des symboles. Le coeur de la ville est rempli de petites places enchanteresses et le soir nous participons a la traditionnelle cajeoneada, parcours dans les ruelles de la ville, accompagnes d une bande musicale d etudiants en habits traditionnels, chantant et racontant les histoires et legendes de chaque lieu, jusqu a aboutir a la rue du baiser, une des plus etroites de la ville ! On se croirait un peu en Espagne, d ailleurs chaque annee, le festival theatral des Cervantines, rassemble ici les amoureux de litterature espagnole.
Le lendemain matin nous avons parcouru la superbe route de campagne entre Guanajuato et San Miguel de Allende, petit joyau touristique, ou vecut Ixchell etant petite. On prend notre petit-dejeuner dans le meilleur endroit de la ville puis on se balade dans les ruelles, l ancienne ecole des Beaux Arts, les anciens lavanderos ou la population modeste vient encore laver son linge... petit retour dans le passe de la vie d une amie. On se separe a Mexico autour de quelques tacos delicieux et on se donne rendez-vous a la fin du mois, pour deguster la cochinilla pibil, specialite de Jenni et du Yucatan !
J ai donc demarre le voyage vers le sud-est du pays le 11 juillet avec la premiere etape a Puebla, a deux heures de Mexico. Je me suis baladee dans la ville et visite son musee prehispanique puis je me suis rendue dans la petite ville de Cholula, toute proche. Apres un petit-dejeuner copieux et une visite de l ancien couvent, je suis allee voir les vestiges de la plus grande pyramide de Mesoamerique et la deuxieme du monde (de 200 a 800 ac). On a du mal a imaginer la magnificence du lieu, dont la base etait quatre fois plus grande que la place Vendome, mais en parcourant le site, on constate les differents niveaux de construction au cours des regnes et l influence de Teotihuacan. Je parcours un partie des dizaines de kilometres de tunnels a sa base, explores par les archeologues et je constate qu aujourd hui, la population vient surtout se recueillir dans la petite eglise de Notre Dame de los Remedios, au sommet de la colline, qui repose sur l ancienne pyramide. D ailleurs les espagnols s installerent a cet endroit sans connaitre l important historique du lieu. De la-haut, j observe la magnifique vue sur les volcans, que l on voit si peu depuis Mexico city, a cause de la pollution... ici j ai l impression qu ils flottent dans les airs.
L apres-midi je me rends dans les villages environnants pour voir l eglise de San Francisco de Acatepec et sa facade en mosaique de Talavera et surtout l eglise de Santa Maria de Tonantzintla, symbole du baroque populaire mexicain. Construite en 1600, les franciscains demanderent aux artisans indigenes de representer le ciel de leur croyance et ce sont des milliers de visages d enfants, tous differents et moules a la main, qui apparaissent sur les murs, entoures de cornes d abondance, de fruits tropicaux et de chiles... bref une vision du paradis pour les mexicains, cas unique dans le pays.
Je me suis ensuite rendue a Oaxaca, situee a quatre heures de bus de Puebla, pour y passer quatre jours. J arrive en pleines fetes de la Guelaguetza, "le partage" en langue zapoteque. Ainsi tous les soirs des concerts et danses ont lieu gratuitement a plusieurs endroits de la ville, afin de montrer les traditions des villages alentour. C est ainsi qu apres une visite du musee de l ancien couvent dominicain, sur les vestiges de la cite de Monte Alban toute proche et de ses tombeaux, j assiste a une soiree de danses locales et je fais connaissance avec Javier autour d un verre de mezcal, l alcool a base de cactus de maguey ou d agave. Nous dinons ensemble et le lendemain je le rejoins pour visiter le site prehispanique de Monte Alban, en compagnie de ses parents Enrique et Marcela, professeurs d anglais a Mexico. Ce sont des fanatiques d archeologie et c est donc avec plaisir que je decouvre la belle Monte Alban, accompagnee de mes trois guides particuliers, qui me racontent l influence olmeque sur ces temples construits par les zapoteques (500 a 950 ac) avant d etre envahie par les mixteques puis les azteques, avant l arrivee des espagnols.
Le site archeologique renferme plus de deux cents tombes car autrefois les indigenes organisaient un veritable culte aux morts, ceux-ci etant enterres au coeur des maisons. Je rencontre grace a cette famille un certain Emilio, paysan des alentours, il connait le site comme sa poche, nous fait decouvrir une des tombes encore accessibles, une stele cachee par les arbres, nous raconte le pouvoir de guerison de certaines plantes medicinales, certaines croyances indigenes racontant l arrivee d etres venus du ciel, qui apparaissent sur les murs des temples, la tete en bas... Je decouvre le jeu de pelote, symbole de la lutte pour que l astre solaire ne disparaisse pas et pretexte de sacrifice humain ou encore l observatoire, en plein coeur du site... Je decouvre en meme temps la realite actuelle du trafic d objets d art, car les paysans decouvrent encore des tresors dans leur champs. En nous promenant avec cet ami de la famille, nous decouvrons par hasard sur le sentier une ancienne assiette en terre cuite et il y aurait encore des tombes a decouvrir dans la region, remplies d or et de pierreries !
De retour a Oaxaca, nous dejeunons au marche central, de tlayuda ou grande pizza garnie de chorizo, jambon, fromage... , accompagnee en aperitif de grillons grilles et assaisonnes ou encore de vers, un peu comme ceux qu on trouve dans certaines bouteilles de mezcal ou de tequila... gloups, ce n est pas mauvais et puis apres tout, j ai decide de goute a toutes les specialites ! Nous passons la soiree ensemble, a profiter des fetes et a evoquer toutes sortes de croyances. Bref, une excellente journee !
Le lendemain je me suis rendue au site de Mitla, ancien "lieu des morts" en langue nahautl, en compagnie de Florence, jeune infirmiere suisse de Geneve. Le site date de l epoque du declin de Monte Alban (950 a 1521 ac) et malgre la presence coloree des pigments originels, comme le rouge provenant de la cochinilla (champignon du cactus), la visite est tres rapide. Nous discutons beaucoup et nous passons l apres-midi dans le village de Teotitlan del Valle, specialise dans les tapis tisses a partir de la laine de mouton. Nous decouvrons par hasard sur le marche la voix d une chanteuse zapoteque, Susana Harp. En retournant sur Oaxaca, nous avons la surprise d apprendre qu elle donnera un concert le lendemain soir a l occasion des fetes de la ville et je promets a Flo, qui part le lendemain sur la cote, de lui obtenir un CD de la chanteuse. Nous dinons dans un excellent resto et discutons des missions humanitaires, de la vie et de l amour...
Le lendemain je me suis rendue au village de Ocotlan, au sud de Oaxaca et j ai sympathise dans le bus avec une jeune mere de 23 ans, Isabel, accompagnee de son fils. Ils vont rendre visite a la grand-mere de 38 ans qui est malade; et oui au Mexique, il n est pas rare de croiser des meres tres jeunes, souvent celibataires.
Je suis un peu decue par le village, tres calme car ce n est pas jour de marche, je m installe donc un long moment pour ecrire quelques lettres. Le soir j assiste au superbe concert de Susana Harp, la belle chanteuse de l Isthme de Tehualtepec, proche de Oaxaca, qui interprete des chansons traditionnelles de la region en espagnol et en zapoteque. Tout le public est sous le charme, c est un veritable moment de grace et de bonheur. Je suis aussi ravie que les autres.
Le dimanche, je suis allee au grand marche de Tlacolula, qui rassemble tous les marchands et produits de la region. J observe, je finis par me perdre et je ne parviens pas a prendre de photos. Je suis en terre mexicaine profonde, ici on a peur que les appareils volent l ame des enfants, et on ecoute les medecins ambulants vanter les merites d un liquide rouge, capable de soigner tous les maux. L ignorance me souleve, j ai envie de crier a l imposture, je finis par partir et je rentre a Oaxaca.
Il y a des defiles dans les rues, on inaugure la place centrale, c est l arrivee du tour cycliste regional, Oaxaca est en fete. Je vais visiter l impressionante eglise de Santo Domingo et je quitte la ville en fin de journee pour douze heures de bus, en direction de l etat du Chiapas.
Apres avoir trouve un hebergement a San Cristobal de las Casas, je me rends au petit musee des medecines mayas. La vision sur le marche n a beaucoup intriguee et dans ce musee qui est gere par l association des medecins indigenes de l etat du Chiapas, je decouvre les nombreuses utilisations des plantes medicinales. J apprends aussi la pratique de l accouchement traditionnel, toujours a la maison, ou le pere et la sage-femme sont actifs, selon un rituel tres precis, a la fois medical et protecteur du mauvais sort.
Je me suis ensuite rendue au musee Na Bolom ou "maison du jaguar", l animal venere par les indigenes de la region et par les civilisations prehispaniques en general. Ce musee, ancienne maison d un couple d antropologues, raconte les expeditions menees dans les annees 50 a 70, afin de mieux connaitre les mayas lacandons qui vivent dans la foret. Ces indigenes appeles les hach winiks ou "hommes veritables" seraient les plus proches descendants des mayas et restent tres peu nombreux aujourd hui, du fait de la colonisation de la foret par d autres peuples indigenes et la deforestation intensive. Il pleut cet apres-midi la et Na Bolom est un lieu paisible, avec ses beaux jardins, qui abritent une posada de luxe, petit voyage dans le passe, a l epoque de l aventure vers l inconnu.
Le soir je suis allee dans l un des nombreux centres culturels de la ville, assister a la projection du film racontant le soulevement zapatiste du 1er janvier 1994 a San Cristobal de las Casas. Le film retrace l histoire du mouvement du sous-commandant Marcos dont l objectif majeur est de proteger les droits des peuples indigenes de l etat Chiapas. La situation de ces derniers est un peu mieux prise en compte a travers des aides financieres, mais c est surtout le statu quo qui reigne actuellement. La situation est calme a present, mais il n est pas rare en foret lacandone de traverser de tout petits villages se declarant "autonomes et zapatistes, ou le peuple decide et le gouvernement obeit".
Le lendemain je me suis rendue au village indigene de San Juan Chamula avec Raul, un guide qui travaille ici depuis plus de vingt ans. Il s agit d un village de 80.000 habitants, dont la gestion des ressources, l organisation administrative, policiaire et juridique est totalement autonome. Seuls les membres de cette communaute, qui pratique le syncretisme et dont la langue est le tzotzil, sont autorises a vivre dans ce village... ceux qui decident de changer de religion sont tout simplement expluses du village par le conseil des sages.
J ai vecu un moment incroyable en entrant dans l eglise de ce village. Malgre la faible lumiere naturelle, on est tout de suite ebloui par la quantite de bougies et l encens qui englobe le lieu. Les croyants sont assis sur de l herbe, a meme le sol et realisent des pratiques dites traditionnelles, devant de nombreux saints et saintes de la religion catholique. C est tres impressionant. Il n est pas rare de les voir en famille, utilisant les ingredients suivants, oeufs, poule a sacrifier, bougies dont la taille represente l importance du probleme a resoudre, l eau de vie facilitant la communication avec les saints et l indispensable coca-cola permettant la purification du corps, avec celle de l esprit. Certains sont guides par des medecins traditionnels et on entend les auto-confessions en tzotzil, devant le saint portant un miroir, symbole de protection contre le diable. Le guide nous raconte le culte a Saint Jean Baptiste, le bapteme etant le seul sacrement accepte par cette eglise catholique traditionnelle, separee de Rome depuis 1870. Chaque saint ou sainte est ainsi celebre par une mayordomia, l organisation des fetes et l entretien du culte etant assure par deux personnes chaque annee, totalement a la charge de celles-ci. Comme il s agit d un honneur, certaines personnes attendent parfois jusqu a 30 ans pour pouvoir occuper cette charge et celebrer les saints "majeurs".
Les coutumes du village de Zinacantan, tout proche, sont egalement tres particulieres, on a l impression d etre sur une autre planete et malgre la presence d ecoles, souvent bilingues, et prochainement d une universite, l analphabetisme est encore important, du fait du mariage tres tot des jeunes filles. Mais les modes de vie semblent avoir beaucoup change ces dernieres annees avec le developpement du tourisme.
L apres-midi je me suis promenee dans les rues pietonnes de San Cristobal et je me suis isolee quelque temps, dans le patio du centre culturel del Carmen, petit havre de paix dans ce Mexique, toujours tres bruyant. J ai fini la journee dans un resto ou l on trouve les meilleurs tacos de la ville !
Le mercredi je suis partie en compagnie d un groupe d italo-catalans tres sympatique pres de la ville de Chiapa de Corzo, au Canyon del Sumidero. Il s agit d une enorme gorge naturelle de 34 kilometres de long et allant jusqu a mil metres de haut, qui est le symbole de l etat du Chiapas. L endroit est magnifique et se parcourt en embarcation rapide, de nombreuses cascades apparaissent sur les parois dont une appelee l arbre de Noel du fait des nombreuses mousses sur la roche, c est tres beau. Malheureusement les fortes pluies de ces dernieres nuits, liees au passage de deux ouragans sur la cote caraibes et celle du golfe du Mexique, ont depose une quantite incroyable d ordures, qui empechent presque le passage des embarcations. Le ramassage des ordures est un grand probleme au Mexique et c est triste de voir cette nature ainsi abimee, alors que quelques hommes tentent de nettoyer le lieu, vainement, a la main.
Ce soir-la, je retrouve la suisse rencontree a Oaxaca, Flo, qui me presente deux francais, Clement et Philippe, en vacances dans la region. Je leur fait decouvrir les tacos de reve et nous terminons la soiree dans un bar concert de la ville. Je quitte Cristobal le lendemain et on convient de se retrouver a Palenque dans deux jours.
Avant de quitter San Cristobal de las Casas, je me suis rendue au temple barroque "classique" de Santo Domingo, apres un passage dans la petite eglise de la Caridad, ou le silence et la lumiere m ont accueillie avec chaleur. Je fais quelques achats sur l enorme marche central et je recupere mon paquetage en partance pour Palenque, coeur maya en terre de Chiapas, apres cinq heures de route tortueuse a travers la montagne et la jungle.
Il fait une chaleur accablante et une humidite tropicale, je suis les conseils de Sebastien, le francais rencontre au Cambodge et je me rends au camping Le Panchan, qui se trouve en pleine jungle, tout pres des ruines de Palenque. Je trouve une cabane toute simple pour la nuit et je passe la soiree a discuter avec un couple d autrichiens et deux canadiennes, mere et fille, esprit sixties toutes les deux. La nuit est particuliere, bruits de la jungle et insectes locaux... je parviens tout de meme a m endormir au bout d un moment.
Le lendemain, je suis allee sur le site archeologique de Palenque, il fait une chaleur torride et les touristes sont partout... Je visite les temples principaux dont le palais de la famille reignante, marque par les nombreuses avancees architecturales (la voute maya) ou d hygiene (systeme d evacuation et de drainage des eaux usees ou encore le bain thermal aux herbes appele temascal). Bref il est triste que sur ces aspects d approvisionnement en eau potable et de traitement des eaux usees et des dechets, le Mexique ait perdu son avancee maya.
Je decide de m installer sur le temple le plus eleve du site, afin de profiter du panorama etonnant sur des temples splendides et de me reposer en discutant avec quelques mexicains. Puis je suis partie au hasard a travers la jungle decouvrir les nombreux autres temples de Palenque. Au hasard d un chemin, je decouvre un temple abandonne, renfermant un ancien tombeau, en compagnie d une famille mexicaine. Je termine la visite par le musee du site qui rassemble les steles racontant l histoire des rois.
De retour au Panchan, je retrouve mes camarades de San Cristobal, malheureusement ils arrivent en meme temps que des trombes d eau, ce qui fait que nous galerons un long moment pour trouver un logement pour la nuit. Nous finissons la journee dans la piscine du camping voisin et malgre la froideur du lieu, on a droit a un tres chouette concert de percussions.
Quand on voyage seule, il est toujours plus facile de trouver un logement, mais bon... quitte a galerer, autant etre a plusieurs !
Le lendemain nous sommes alles nous relaxer aux chutes de MiSol-Ha, apres quelques kilometres a l arriere d une camionette... en compagnie de deux autres francaises. L endroit est magnifique, enormes chutes d eau, fraicheur, massages naturels par les chutes, baignade, farniente total. C est du pur bonheur dans cette chaleur tropicale, meme si heureusement depuis deux jours il pleut regulierement, raffraichissant l atmosphere. Ce soir-la, on parvient a trouver deux bungalows dans la jungle pour la nuit et le lendemain matin je pars tot pour les temples de Bonampak et Yaxchilan.
Il s agit de deux sites archeologiques, perdus dans la jungle lacandone, a plusieurs heures de route de Palenque. Le grand avantage est qu il y a tres peu de touristes et la jungle a permis de proteger les lieux, surtout celui de Yaxchilan, qui est accessible par bateau sur la riviere Usumacinta, frontiere naturelle avec le Guatemala... c est un petit paradis.
Je me dirige sur les hauteurs du site, il fait chaud et moite mais les arbres sont partout, on se croirait dans la jungle et tout d un coup, je vois des singes se jetant d une branche a l autre. Je continue la visite jusqu au temple principal situe en haut d un escalier de 70 metres de haut, je descends petit a petit, observant tous les recoins jusqu a l esplanade principale, parsemee de sculptures et de steles enormes. J apprecie le lieu quand tout d un coup je suis terrifiee, des hurlements surgissent de la foret, j apprends que ce sont les singes dits hurleurs dont les cris durent pendant une bonne demi-heure. Impressionant! cela m a donne envie d une future visite au Guatemala.
Et rebelotte, onze heures de bus nocturne pour atteindre Tulum et la riviera maya sur la mer des caraibes. Je retrouve les francais et la suisse qui ont pris le bus precedent, je les rejoins sur une plage de Tulum, le sable est blanc, la mer turquoise, c est tres beau... par contre pour le confort, mes camarades ont opte pour le hamac dans des cabanes. On verra ce soir, pour l instant je profite de la mer et de la plage idyllique tout l apres-midi. Malheureusement entre les coups de soleil (ici le soleil tape tres dur) et les moustiques, la nuit est difficile. J ai finalement decide de ne pas me rendre sur Merida car je n ai plus beaucoup de jours, je souhaite passer le dernier week-end sur Mexico. Ce sera donc farniente a l ombre des cocotiers, lecture et repos sur les transats.
Je suis tout de meme allee plonger dans un cenote, tout proche de Tulum. Il s agit d une cavite souterraine remplie d eau douce, a 12 degres, pas tres profonde. Nous parcourons plusieurs tunnels afin d atteindre des cavites ou penetre la lumiere naturelle, remplies de stalagtites et de stalagmites. La plongee est assez etrange, le paysage est incroyable, j imagine les mayas sacrifier leurs victimes dans ces eaux aux tunnels parfois encore inexplores.
La deuxieme nuit etant tres chaude et difficile, on decide de passer la derniere soiree sur la plage, apres un bon diner au resto. C est assez comique de nous voir tous les quatre dormir a la belle etoile, la chaleur est tellement intense que je vois arriver plus de monde pendant la nuit. Je me reveille a plusieurs reprises et je me balade avec Philippe et Clement sur la plage ou j observe le lever du soleil sur la mer des 5h30 du matin !
Levee tot et apres le depart des garcons, je me rends sur le site archeologique de Tulum, a cinq minutes a pied, dont les temples donnent sur la mer des caraibes. Nous quittons la plage en debut d apres-midi avec Florence et nous nous separons a Playa del Carmen quelques heures plus tard. En effet je rentre sur Mexico en avion depuis Cancun et la miss continue son sejour au Mexique pour encore trois semaines. Je retrouve Ixchell a l aeroport de Mexico, elle-meme rentre d un seminaire a Veracruz, j arrive chez elle extenuee.
C est bien beau l aventure mais il n y a rien de mieux qu un bon lit sans moustique pour se refaire une sante. C est le programme pour les trois derniers jours a Mexico, je me repose et je recupere du coup de froid sur le chemin du retour. On discute beaucoup, avec Ixchell et ses colocataires, de mon voyage et surtout de l evenement de ces trois dernieres semaines, l annonce du mariage de la colocataire argentine Ingrid, plutot controversee !
Le samedi nous sommes une dizaine a dejeuner. Je retrouve avec plaisir Jennifer et Fernando, ils ont toujours la peche et ecoutent avec plaisir mes aventures mexicaines. De mon cote je savoure la cochinilla pibil, tres reussie, dans un repas gargantuesque. L ambiance est excellente et le repas se poursuit jusqu en fin d apres-midi.
Apres le depart de tous les invites, je sors avec Ixchell et Rodrigo, qui me font decouvrir un spectacle de mariachis a l hotel Sheraton de la ville. Le public est plutot vieux et riche, mais le spectacle tres reussi, accompagne d une petite margarita.
Le dernier jour a Mexico, nous sommes repartis tous les trois, observer la ville depuis le sommet de la tour latino-americaine, longtemps la plus haute de la ville. La ville est sans mesure mais avec l aide d Ixchell et Rodrigo, je parviens a reconnaitre certains lieux. Nous marchons jusqu a la place Garibaldi, celebre pour ses chanteurs mariachis. La veille au soir, nous n avons pas pu rester car il y avait trop de monde et ce n est pas surprenant de voir des mariachis s approcher des voitures, afin de proposer les services de chanson, sur place ou a domicile. De jour cependant la place est plutot triste, les pauvres diables du quartier errent sur la place ou de pietres chanteurs tentent d egayer le lieu. Et oui, la pauvrete est presente en plein coeur de la ville, les contrastes economiques sont criants dans ce pays.
Nous nous rendons ensuite au palais des Beaux Arts assister a un spectacle de danses traditionnelles mexicaines qui me rappelle de nombreux lieux ou j ai reside ces quatre dernieres semaines. La richesse culturelle est la, le spectacle est tres beau. Nous terminons la soiree en discutant autour de quelques tacos... et oui le sejour au Mexique est a present termine. Nous nous sommes promis avec Ixchell de nous revoir en France et avec Jenni et Fer, de les voir en Argentine fin septembre.
De belles retrouvailles en perspective !
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